samedi 11 janvier 2014

Ancien prologue

Finalement, je n'ai pas attendu le retour d'un éditeur pour un nouveau post. Un commentaire sur mon autre blog m'a incité à présenter le début de mon ancien prologue. Suite aux conseils d'une bêta-lectrice, je l'ai abandonné car il était trop technique pour laisser le lecteur s'immerger dans le roman.

Une silhouette légèrement voûtée se découpait sur l’étroit sentier de montagne. S’appuyant sur un long bâton, sa progression était lente et heurtée. Ahanant, l’homme s’arrêtait tous les vingt pas. Il jetait des regards fébriles autour de lui, comme craignant qu’un assassin soit tapi dans l’ombre. Une étrange nervosité chez le sorcier le plus puissant du continent.
Après plusieurs heures d’efforts, Kollimor atteignit un promontoire donnant sur une grotte. Son visage émacié rougi par l’effort luisait de sueur. Il était difficile de donner un âge à cet homme de taille moyenne, entièrement vêtu de noir, au large crâne rasé. Reprenant son souffle, il se retourna pour surveiller le chemin qu’il avait emprunté.
Rassuré par cette observation, il s’enfonça dans la grotte pour buter contre une paroi molle et invisible. Son bras droit pénétra lentement dans cette substance visqueuse. Son bras gauche suivit, puis prenant de l’élan, le sorcier s’enfonça entièrement dans ce mur d’air d’une cinquantaine de centimètres d’épaisseur. Une fois franchi cette barrière, il pouvait librement se mouvoir.
Kollimor résista à la tentation de s’asseoir. Il devait lancer l’incantation qui le mettrait définitivement à l’abri. Il aspira la magie environnante, puis, toujours concentré, il posa son doigt sur l’arcane – qu’aucun profane n’aurait pu soupçonner – qui protégeait la grotte. Chantonnant, il déversa lentement l’énergie qu’il avait accumulée. Le sortilège ainsi renforcé durerait de longues heures. Le mur d’air qui gardait son antre était devenu plus solide que l’acier d’une épée.
Comme beaucoup de ses pairs, Kollimor s’isolait lorsqu’il prévoyait de lancer des sorts puissants. Le sorcier devenait vulnérable lorsqu’il plongeait profondément dans la magie. Il se jura que c’était la dernière fois qu’il choisissait cet abri, qui devenait au fil des ans bien trop difficile d’accès. Il s’était fait déjà cette promesse, mais pressé par les événements, il n’avait trouvé aucune alternative suffisamment sûre.
Une brusque montée de magie dans une vallée isolée l’avait décidé à rejoindre précipitamment ce repaire. Seul un puissant sorcier pouvait avoir provoqué ce phénomène. Cet homme était un adversaire potentiel et il fallait le rallier ou le supprimer avant qu’il ne devienne dangereux. Il espérait découvrir son identité en contactant un Esprit à l’aide de la magie. Ces êtres immortels et immatériels vivaient dans une autre dimension que celle des humains.
Le sorcier s’assit et reposa son dos contre la paroi de la grotte afin de reprendre des forces.
Deux magies distinctes coexistaient : la première laissait l’esprit se diffuser pour utiliser la magie environnante, la seconde absorbait la magie, utilisant le corps comme réceptacle. Un magicien pouvait utiliser l’une ou l’autre, jamais les deux en même temps. La majorité des magiciens ne maîtrisaient que l’une des deux techniques. La magie par diffusion, appelée communément Halo, était considérée comme supérieure à celle par absorption, dite basse magie ou encore Braise. Cette hiérarchie était trompeuse. La majorité des sorciers de guerre utilisaient la magie par absorption, très réactive et potentiellement meurtrière. Même si Kollimor préférait utiliser le Halo, qui lui était plus familier, il n’hésitait pas à utiliser la Braise lorsqu’il estimait son usage adapté. Elle lui avait d’ailleurs permis de fermer la grotte.
Les deux magies permettaient de communiquer avec les Esprits, mais le sorcier n’avait jamais utilisé que le Halo. Il craignait qu’en se servant de la braise ses protections ne soient pas assez efficaces.
Kollimor se releva.
Trois ans auparavant, malgré ses talents, il lui aurait fallu de longues semaines et l’aide de plusieurs sorciers pour réussir l’incantation, mais avec la montée de la magie, les Esprits devenaient plus forts et capables d’interférer avec le monde des humains à l’appel d’un unique magicien.
Il se concentra pour canaliser son esprit. Rester maître de soi était la première condition pour réussir une incantation. S’aidant de son index, il traça lentement un pentacle – une étoile à cinq branches qui s’appuyait sur un cercle. Seule une poignée de magiciens réalisaient qu’il s’agissait de deux arcanes liés.
Le corps encore en sueur, le sorcier s’allongea sur le sol en prenant bien soin de ne pas sortir de l’étoile, qui lui garantissait la protection. Il se concentra à nouveau. Ses yeux étaient fermés, mais il sentait la magie onduler tout autour du pentacle. Plusieurs Esprits avaient répondu à l’appel qu’il avait lancé, mais le plus dur commençait. Il fallait encore être capable de leur parler.
Son aura grandissait essayant de capter ce qui restait de magie informe. Avec la fatigue, beaucoup de sorciers commettaient l’erreur de confondre l’énergie magique brute avec la magie des arcanes et de puiser dans ceux-ci, brisant du même coup le sortilège ou pire se privant de leur protection.
Le sorcier percevait désormais une masse grouillante d’Esprits autour de lui. Il ne fallait pas se laisser duper par cette sensation. Il estimait qu’ils n’étaient pas plus d’une vingtaine – sur la petite centaine qui existaient dans le Halo – à avoir répondu à son appel.
Kollimor refusa le contact avec plusieurs d’entre eux. Il ne voulait pas perdre le bénéfice de tous ces efforts. La plupart d’entre eux lui étaient hostiles. Ils ne chercheraient qu’à le distraire, voire pire. Heureusement, ceux-ci ne pouvaient pénétrer à l’intérieur de l’étoile. Ainsi, ils ne pouvaient guère interférer avec sa volonté.
Aujourd’hui, comme souvent, un seul Esprit l’intéressait : Maurpal. Enfin, il perçut son aura.