Étendu sur le sol, le souverain Haakon reprenait lentement
des forces, épuisé par le sort qu’il avait lancé une heure auparavant. Ses
cheveux et sa barbe – jadis noirs, désormais blancs – étaient trempés de sueur.
Ses rides sur le front et ses yeux hagards lui faisaient paraître davantage que
ses cinquante ans. Son corps paraissait brisé.
Tous ces
efforts ne lui avaient apporté qu’une confirmation : le jour venu, le
pentacle le protégerait à la fois des humains et des Esprits. Malgré la
frustration ressentie, il se forçait à voir les aspects positifs. À défaut
d’obtenir auprès des Esprits tous les renseignements qu’il cherchait, il
progressait. L’objet de sa quête serait atteint dans quelques années. Il avait
eu la prévoyance d’écarter les menaces immédiates afin de disposer d’un répit
suffisant. Ses ennemis étaient morts ou en fuite. Plus rien ne pouvait l’empêcher
de devenir immortel.
Il échapperait
au destin des humains. Laisser une descendance était un pauvre palliatif à
l’immortalité. Ses deux fils l’avaient déçu. Entwald et Rigat étaient indignes
de leur géniteur. Non seulement leurs talents étaient médiocres, mais ils
étaient bien trop faibles pour mériter de devenir roi.
Haakon entendit
un bruit étouffé.
Il était seul.
Ses recherches étaient si secrètes qu’il ne voulait aucun témoin lorsqu’il
lançait son sortilège, pas même son garde du corps. Il était épuisé et donc
vulnérable même s’il avait eu la prudence d’installer des boucliers de
protection.
Méfiant, il
scruta la nuit.
De nouveaux
bruissements. Cette fois, il ne pouvait se méprendre. Quelqu’un approchait.
Le roi se
rassura lorsqu’il reconnut la silhouette, mais son inconscient l’avertit
aussitôt du danger. Il mit une longue seconde à comprendre le détail qui
n’allait pas. Il saisit brusquement. Il n’avait dit à personne où il se
trouvait.
On venait pour
le tuer.
Le souverain
n’était pas prêt à engager le combat. Il cherchait les stratagèmes pour gagner
du temps lorsqu’une gerbe de feu jaillit dans sa direction. Persuadé que son
bouclier le protégerait, il ne chercha pas à incanter. De toute façon, il n’en
aurait pas eu le temps.
La mort le
cueillit par surprise. Son corps brûla et dans ses derniers moments, la douleur
était bien trop forte pour s’interroger sur les raisons pour laquelle ses
protections s’étaient révélées inefficaces.
Des Esprits
ricanaient. Plus rien ne pouvait arrêter le chaos.
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